Blog-notes

François

BRIANÇON

Conseiller municipal de TOULOUSE, conseiller métropolitain

Seize fois plus. C’est le prix de l’exclusion.

Durant la campagne électorale, Jean-Luc Moudenc et la droite toulousaine ont beaucoup parlé de l’identité toulousaine. Évoquons-la justement, puisque la journée de mobilisation contre la généralisation des frais d’inscription différenciés pour les étudiants extracommunautaires nous en donne l’occasion.

Toulouse, ville universitaire. Mais jusqu’où ?

Toulouse est une ville universitaire, une cité de recherche qui, depuis des siècles, accueille des étudiants venus de partout. Plus de 110 000 étudiants. Des laboratoires de rang mondial. Une académie où les exonérations aux frais différenciés sont aujourd’hui la norme, parce que les universités ont choisi de préserver cette ouverture.

Le gouvernement vient d’annoncer son intention de mettre fin aux exonérations dont bénéficiaient jusqu’ici les établissements. Demain, les étudiants extracommunautaires, ceux qui viennent du Maghreb, d’Afrique subsaharienne, d’Asie, d’Amérique latine, devraient s’acquitter de 2 895 euros en licence, 3 941 euros en master. Seize fois plus que leurs camarades français. Dans notre académie, des milliers d’étudiants déjà précaires seraient directement touchés.

Cette mesure ne se réduit pas à des chiffres budgétaires. Elle fragilise des parcours de vie. Elle remet en cause l’idée même que Toulouse puisse être, pour un étudiant venu de Dakar, de Tunis ou de Bogotá, une ville qui lui ouvre ses portes plutôt qu’elle ne les lui claque au nez.

La logique de la brèche

Ce qui se joue ici dépasse le cas des étudiants étrangers. C’est la méthode qui doit alerter.

On commence par les plus exposés : celles et ceux qui sont administrativement vulnérables, politiquement difficiles à défendre, aisés à isoler dans le débat public. La mesure est alors présentée comme une exception technique, un simple ajustement. Pendant ce temps, les universités qui avaient, dans leur grande majorité, refusé d’appliquer ces frais en usant de leur autonomie se voient contraintes de céder.

Depuis plusieurs années, les signaux s’accumulent : restrictions de candidatures pour les étudiants sous visa, durcissement des conditions administratives, remise en cause des aides au logement, hausse des coûts de séjour. Pris isolément, ces éléments semblent techniques. Ensemble, ils dessinent une politique cohérente de fermeture progressive. Cette orientation a désormais un visage local : elle touche le campus du Mirail, les amphis de Paul Sabatier, les couloirs de Sciences Po Toulouse.

Une ville qui se respecte prend position

Jean-Luc Moudenc a les moyens d’agir, ou au moins de s’exprimer. Une municipalité n’est pas impuissante face aux politiques nationales. Elle peut interpeller, refuser de cautionner, affirmer sa vision de l’accueil dans une métropole universitaire.

D’autres maires l’ont fait. Je demande au maire de Toulouse et à sa majorité la même clarté.

Ce que je défends

Il existe une autre vision de Toulouse, celle d’une métropole qui assume son histoire universitaire, qui fait de l’accueil une force et non une contrainte, qui refuse que l’accès au savoir soit conditionné à la fortune familiale ou à la nationalité.

Je défends une université publique, ouverte, financée par la solidarité nationale. Je refuse que le désengagement de l’État soit compensé par une contribution croissante des étudiant·es, en commençant par les plus précaires.

Aujourd’hui, à Toulouse comme ailleurs, des étudiant·es, des enseignant·es et des chercheur·ses se rassemblent. Ils défendent une certaine idée de Toulouse, de l’Université et de la République.

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