A l’occasion du Conseil municipal du 30 avril 2026, je suis revenu sur le thème de l’identité toulousaine abordé par la droite toulousaine durant la campagne électorale des élections municipales
Monsieur le Maire. Chers collègues,
durant la campagne électorale, vous avez beaucoup parlé de l’identité toulousaine. Ce Conseil Municipal nous offre l’occasion d’y revenir, délibération après délibération, sujet après sujet, pour distinguer ce qui relève de la communication politique de la véritable action. L’identité d’une ville n’est pas un slogan de campagne. C’est ce qu’une municipalité choisit de défendre concrètement quand viennent les épreuves. Et des épreuves, Toulouse en traverse en ce moment même.
Regardons ensemble ce qu’est la vraie identité toulousaine. Toulouse est une ville universitaire, de recherche, qui depuis des siècles accueille des étudiants venus de partout. Cette ouverture n’est pas un détail : elle est l’une des fibres les plus profondes de notre identité. C’est pourquoi, Monsieur le Maire, je veux vous poser une question directe. Le gouvernement vient de présenter un projet de généralisation des frais d’inscription différenciés pour les étudiants extra-communautaires : jusqu’à 2 895 euros en licence, 3 941 euros en master, soit seize fois plus que pour les étudiants français. Dans notre académie, les exonérations sont aujourd’hui la norme. Ce projet gouvernemental remettrait brutalement en cause cette réalité, fragilisant des milliers d’étudiants déjà précaires — 15 000, nous indiquait ce matin La Dépêche du Midi. Alors, Monsieur le Maire, parlons d’identité toulousaine. Soutenez-vous ce projet ou le dénoncez-vous ? Les étudiants qui choisissent Toulouse ne sont pas un problème, ils sont une richesse. Notre identité se défend là aussi. Nous attendons votre position. Pas que moi, d’ailleurs.
L’identité toulousaine, ce sont aussi ses rues, ses quartiers, ses commerces qui font la vie du centre-ville. L’actualité nous interpelle ici encore. La librairie Gibert, rue du Taur, vient de demander son placement en redressement judiciaire. Ancrée dans la vie de la ville depuis des décennies, à deux pas du Capitole, elle lutte pour survivre. Ce n’est pas un fait anodin : c’est le symbole d’une fragilité que vous devez regarder en face. Nos commerces indépendants souffrent, le centre-ville se standardise et perd ce qui le distingue. Quand les succursalistes remplacent les enseignes de proximité, c’est l’âme de Toulouse qui s’efface. Qu’envisagez-vous concrètement pour soutenir ces acteurs fragilisés, notamment par la mutation des modes de consommation et par des loyers qui flambent ? Ce sont des choix politiques. Ils vous appartiennent. Nous les attendons.
L’identité toulousaine, c’est aussi une tradition de solidarité. Sur ce terrain, l’ordre du jour de notre Conseil est d’une inquiétante discrétion. La principale délibération porte sur le maintien des taux d’imposition. Vous en ferez un argument de bonne gestion, mais en 2015, votre majorité avait promis de ne pas augmenter les impôts avant de trahir cet engagement quelques mois après l’élection. Depuis dix ans, les Toulousains subissent une pression fiscale croissante. Le gel d’aujourd’hui n’efface ni le poids des hausses accumulées, ni les augmentations de tarifs, ni les baisses de subventions répercutées sur les familles. Nous craignons la suite : les termes du pacte de gouvernance métropolitain laissent entrevoir un possible renoncement, et avec lui le risque d’une réduction des services publics et des dotations aux associations — ces associations qui font le lien social là où la puissance publique ne se rend pas. Nous serons vigilants.
L’identité toulousaine, enfin, c’est une ville qui protège ses habitants. Cette semaine, les faits parlent d’eux-mêmes : un enfant de 4 ans renversé par un automobiliste en fuite ; un motard de la police nationale envoyé à l’hôpital par un chauffard ; des riverains et commerçants de Saint-Georges, de Saint-Aubin et de nombreux autres quartiers qui tirent la sonnette d’alarme face aux seringues et à la recrudescence du deal ; des checkpoints armés de kalachnikovs à Bellefontaine pour protéger un point de vente ; des agressions au couteau à Empalot. Ce n’est pas un réquisitoire, c’est la réalité de notre ville cette semaine. Et votre majorité reste muette. Face au désengagement de l’État, Toulouse doit parler d’une voix forte. Vous avez écrit au ministre de l’Intérieur pour demander des rapports de police — c’est le strict minimum. Ce que vous devez exiger, c’est qu’il se déplace à Toulouse dans les prochains jours, qu’il vienne constater lui-même la dégradation de la situation et dégage les moyens que les Toulousaines et Toulousains attendent. La sécurité du quotidien n’est pas un sujet de droite ou de gauche : c’est une condition de vie digne, et les habitants des quartiers populaires ont droit à la même tranquillité que les autres. Cela exige des choix assumés : présence de proximité renforcée, coopération avec l’État, reconquête de l’espace public et aménagements concrets pour la sécurité routière.
Monsieur le Maire, pour conclure, l’identité d’une ville se juge à ce qu’elle défend quand c’est difficile. Il y a quelques jours, Toulouse a été la seule collectivité membre du CDEN à ne pas voter contre la proposition de carte scolaire prévoyant la suppression de postes d’enseignants. Une nouvelle illustration de votre conception de cette identité, que vous dissimulez derrière cette formule commode : « Nous n’avons pas émis un vote favorable. » Vous vous êtes simplement abstenu. La véritable identité toulousaine, c’est une ville ouverte aux étudiants du monde entier, qui protège ses commerces de proximité, solidaire avec ses familles les plus modestes, qui garantit à tous la sécurité du quotidien et prépare ses habitants aux défis de demain — éducatifs, climatiques, sociaux, urbains. De toute évidence, ce n’est pas votre choix. Je vous remercie.
