Dans une tribune publiée par Le Point, Jean-Luc Moudenc tire la sonnette d’alarme. La France serait « championne des prélèvements » et « cancre de la réforme ». Sa recette : travailler plus longtemps, baisser les dépenses, alléger les cotisations et imposer à l’État une règle d’or budgétaire stricte.
On connaît la musique. Bientôt, on demandera aux soignants de payer leur propre matériel. Aux enseignants de changer eux-mêmes les fenêtres de l’école. Et aux agents publics de prouver qu’ils ne sont pas un « doublon administratif ».
Caricature classique de la droite. La dette est un sujet sérieux mais on ne la réduira pas de façon juste et durable en faisant payer l’essentiel aux salariés, aux retraités, aux services publics et aux collectivités. La France doit redresser ses comptes, nul ne souhaite le contraire, mais par la justice fiscale, l’investissement collectif et des emplois de qualité. Pas par le recul social.
La dette exige une politique juste
Personne ne se satisfait d’une dette élevée. Ni d’une charge d’intérêts qui nous coupe les ailes. Chaque euro versé en intérêts, c’est un euro de moins pour l’école, l’hôpital, la justice, la transition écologique, la recherche, la sécurité ou les transports du quotidien.
Jean-Luc Moudenc oppose les « prélèvements » aux « réformes ». Comme s’il n’y avait que deux options : augmenter tous les impôts ou couper dans toutes les dépenses.
Pour redresser nos comptes, il faut aussi lutter contre la fraude et l’évasion fiscales, supprimer les niches fiscales de complaisance qui ne servent à rien, cconditionner les aides aux entreprises à l’emploi, aux salaires, à l’investissement et à la transition écologique… tout ce que Jean-Luc Moudenc ne dit pas.
Le travail mérite mieux
Pour Jean-Luc Moudenc, tout commence par « redonner de la valeur au travail ». Traduction : faire travailler davantage les Français, allonger les carrières, continuer à détricoter les 35 heures. Sauf que les Français ne manquent ni de courage ni de travail. Ce qui leur manque, bien souvent, ce sont des salaires suffisants, des emplois stables, des perspectives de carrière et des conditions de travail tenables.
Ma logique est différente. Il faut s’attaquer, avec force, au chômage de longue durée, au temps partiel subi, aux discriminations à l’embauche, aux inégalités entre les femmes et les hommes, à la pénibilité de certains métiers.
Dans son argumentation libérale, Jean-Luc Moudenc oublie, je ne suis pas surpris, ce que financent nos cotisations : l’assurance maladie, les retraites, le chômage, les prestations familiales, la couverture des accidents du travail… Baisser sans autre financement, ce n’est pas « libérer » le salaire. C’est fragiliser la protection sociale, ou en refiler la facture aux ménages par l’impôt.
Réformer les dépenses sans les sacrifier
Bien sûr qu’il faut évaluer la dépense publique. Bien entendu il faut simplifier les procédures, réduire les redondances administratives, rendre l’argent public plus lisible. Mais ramener tout le débat à la chasse aux « doublons » et aux aides jugées absurdes, c’est une manière commode de glisser une idée afin qu’elle fasse son chemin : chaque service public serait une dépense de trop.
Vu de Bercy, une aide à la mobilité, au logement, à l’accès au numérique, à la rénovation énergétique ou à la culture peut paraître bien loin. Une ligne parmi d’autres dans un budget. Mais pour une personne âgée isolée, un étudiant, une famille modeste ou un salarié qui avale des kilomètres pour aller travailler, cette aide change souvent tout.
La proposition de Jean-Luc Moudenc est limpide : tailler à l’aveugle. Il faut au contraire évaluer très sérieusement chaque politique publique, en associant les usagers et les agents. Bien sur, avoir le courage de supprimer ce qui ne marche pas. Mais surtout, et c’est indispensable, renforcer ce qui répond à de vrais besoins.
Investir dans l’avenir
« Ne plus emprunter pour financer le fonctionnement » nous dit Jean-Luc Moudenc. Accordons lui le bon sens de cette règle. Mais l’État doit pouvoir protéger la population quand une crise éclate, soutenir l’activité quand l’économie ralentit, et financer ce qui prépare l’avenir. Prendre ses responsabilités politiques, c’est ça.
Mettre sur le même plan une dépense inefficace, une exonération sans contrepartie et les moyens de l’hôpital, de l’école, de la prévention, de la recherche ou de la transition écologique, c’est socialement irresponsable. Une politique budgétaire sérieuse, c’est faire la différence entre le gaspillage et l’investissement utile.
Et puis, la dette qui doit nous inquiéter c’est aussi et surtout la dette climatique, la dette éducative, la dette sanitaire, la dette des territoires oubliés, la dette que l’on laissera à nos enfants en repoussant sans cesse les investissements indispensables.
Demain, nos jeunes écoliers ne nous demanderont pas si on a respecté une règle comptable. Ils nous demanderont si on a protégé leur planète, si on leur a garanti l’accès aux soins, si on a construit des transports publics et construit, pour eux, un pays où l’on peut vivre dignement.
Le courage de la justice
Jean-Luc Moudenc se trompe. Le véritable courage budgétaire, c’ est de dire franchement que tout le monde ne peut pas être mis à contribution de la même façon.
Il faut demander plus aux grandes fortunes, aux hauts patrimoines, aux revenus financiers, aux profits exceptionnels. Mais aussi aux entreprises qui touchent de l’argent public sans créer les emplois, les investissements ou la transformation écologique promis. Sur tout cela, le silence de Jean-Luc Moudenc est éloquent !
En même temps, il faut protéger les classes populaires et moyennes. Elles ne peuvent pas rester éternellement la variable d’ajustement. Elles encaissent déjà l’inflation, le mal-logement, des factures d’énergie qui grimpent, des services publics qui s’abîment et l’incertitude au travail.
Notre pays ne doit pas lâcher ce qui fait sa force : une protection sociale solidaire, des services publics accessibles, des collectivités capables d’agir. Et cette idée simple : l’effort commun se partage selon les moyens de chacun. Là-dessus non plus, Jean-Luc Moudenc ne dit rien !
La France ne retrouvera pas sa souveraineté en obéissant docilement aux marchés. Ni en demandant toujours plus aux mêmes. Elle la retrouvera en misant sur la justice fiscale, la réindustrialisation, la transition écologique et la cohésion sociale. Un vrai redressement, monsieur le Maire, c’est ça !
Fidèle à lui-même
Jean-Luc Moudenc reste fidèle à lui-même et à sa famille politique. Reconnaissons-lui cette constance. Sa tribune déroule les fondamentaux de la droite française : moins de dépense publique, moins de cotisations, plus de travail, un départ à la retraite plus tardif, moins d’endettement, une administration allégée. Et la confiance des marchés comme boussole.
Rien de surprenant. Personne ne doute que Jean-Luc Moudenc soit de droite, et il ne s’en cache pas. Mais derrière les mots « courage », « responsabilité » et « souveraineté », il défend bel et bien un choix de société. Faire de la baisse de la dépense publique la réponse principale aux difficultés du pays. Et demander d’abord aux salariés, aux retraités et aux services publics de se serrer la ceinture.
Je suis un homme de gauche et ma vision de la société est différente. On ne redressera pas la France en affaiblissant le lien social et le service public mais en répartissant mieux l’effort.
La droite de Jean-Luc Moudenc promet de « sauver » le pays en le faisant travailler plus et dépenser moins. La gauche doit rappeler une évidence : un pays ne se redresse pas contre celles et ceux qui le font vivre chaque jour. Il se redresse avec eux. En leur donnant des salaires dignes, des services publics accessibles, et la certitude que chacun paiera enfin à hauteur de ses moyens.
