À Saint-Gaudens, l’avenir de Fibre Excellence se joue maintenant dans un calendrier d’urgence. Face au risque de liquidation judiciaire, Carole Delga a raison de demander une intervention temporaire de l’État. Pas pour administrer durablement une entreprise. Pour sauver un outil industriel viable, protéger des emplois et donner le temps nécessaire à une reprise solide.
La réindustrialisation ne peut pas rester un mot d’ordre, un slogan d’estrade ou de plateaux de télévision. Quand l’intérêt général l’exige, elle doit se traduire en décisions concrètes, rapides et pragmatiques. C’est le cas poru Fibre Excellence à Saint-Gaudens.
La dernière usine de pâte à papier en France est menacée
Fibre Excellence n’est pas une usine comme une autre. Le site de Saint-Gaudens est le dernier outil de production de pâte à papier en France. Le laisser disparaître, c’est accepter la perte d’un savoir-faire, d’installations autorisées et d’une capacité de production que notre pays ne pourra pas reconstituer facilement demain.
Les conséquences seraient immédiates pour les 270 salariés du site et leurs familles. Elles le seraient aussi pour tout un territoire. Plus de 2 000 emplois indirects sont menacés dans le Comminges, et 10 000 emplois fragilisés à l’échelle nationale dans la filière bois. Derrière une liquidation, il y a des sous-traitants, des transporteurs, des forestiers, des commerces locaux, des familles frappées de plein fouet.
Comme Carole Delga, la CGT, Sébastien Vincini, Président du département de la Haute-Garonne l’ont rappelé avec force : la disparition de Fibre Excellence pèserait lourdement sur les salariés, les territoires et la souveraineté productive du pays. Dans une France qui voit régulièrement fermer ses sites industriels et grandir sa dépendance aux importations, regarder sans agir serait incompréhensible.
Souveraineté industrielle : la filière bois en première ligne
Le débat dépasse largement le bassin de Saint-Gaudens. La pâte à papier sert à fabriquer des produits d’hygiène, médicaux et sanitaires. Pendant la crise du Covid-19, l’usine a d’ailleurs été réquisitionnée. C’est dire son utilité pour le pays.
Fermer Fibre Excellence, c’est choisir de dépendre davantage des productions étrangères, américaines et asiatiques, alors que la concurrence internationale est déjà rude. C’est aussi fragiliser la filière forêt-bois française, au moment où les incendies obligent à trouver des débouchés pour les bois évacués ou brûlés.
Les papèteries sont un maillon indispensable de cette chaîne. Elles valorisent une partie de la ressource forestière, elles accompagnent les forestiers, elles évitent que des difficultés industrielles ne tournent à la crise pour les territoires ruraux. La souveraineté économique, ce n’est pas un grand principe qu’on énonce. C’est une capacité à produire sur notre sol qu’on préserve.
Nationalisation temporaire : une solution provisoire, pas idéologique
La proposition portée par Carole Delga n’a rien d’une utopie. Quand une entreprise stratégique, avec un projet de reprise crédible, a besoin de quelques mois de plus pour finaliser une solution industrielle, l’État doit savoir jouer son rôle de stabilisateur.
La Région Occitanie a déjà largement pris ses responsabilités. Depuis des mois, elle mobilise des acteurs économiques français et étrangers, elle a engagé près de très nombreux contacts avec des industriels, elle a contribué à structurer un projet de reprise solide et ambitieux.
Fibre Excellence à Saint-Gaudens : pourquoi Carole Delga demande une nationalisation temporaire
Alors, pourquoi ne pas permettre à un opérateur industriel de finaliser son offre dans de bonnes conditions ? Une décision de reprise d’une usine de pâte à papier ne se prend pas en quelques jours, encore moins en plein été, dans un secteur mondial sous pression.
Haute-Garonne : Fibre Excellence, Sébastien Vincini dit « oui à une nationalisation temporaire »
D’où la piste d’une prise de participation temporaire de l’État, avec un apport de trésorerie. La proposition est claire : sécuriser le site, préserver les emplois et les compétences, assurer les charges courantes, laisser une reprise privée pérenne aboutir.
Le coût de l’inaction pour l’État
Reste le réflexe habituel, celui qui oppose toute intervention publique à la bonne gestion des finances publiques. Laisser fermer l’usine coûterait bien plus cher.
Personne ne demande à l’État de signer un chèque sans condition. On lui demande d’investir de façon temporaire pour éviter une facture sociale, environnementale et industrielle beaucoup plus lourde.
Vaut-il mieux accompagner une reprise crédible, préserver un site stratégique et protéger des milliers d’emplois directs et indirects ? Ou attendre la liquidation, en payer les conséquences et constater une fois de plus que la France a perdu une capacité industrielle essentielle ?
Assez des doubles discours sur la réindustrialisation
L’État ne peut pas exiger la réindustrialisation du pays et laisser disparaître les dernières usines capables de produire des biens essentiels. Il ne peut pas appeler à la souveraineté économique et refuser d’intervenir quand un maillon indispensable de la filière bois-papier est sur le point de céder.
Une nationalisation temporaire de Fibre Excellence serait une décision de responsabilité : une intervention ciblée, limitée dans le temps, au service d’une solution industrielle durable.
À Saint-Gaudens, l’heure n’est plus aux déclarations. L’État doit choisir : sauver Fibre Excellence et lui donner une chance, ou assumer d’en signer l’arrêt de mort.
